« Quand on court à côté de nos pompes… »

Course des étoiles Vibram FiveFingers V-Trail 2.0

Avez-vous experimenté la sensation d’être bien entraîné, d’être au top de votre forme, de vous sentir physiquement très bien lors d’une course, mais vous n’arrivez pas à lâcher prise et être concentré sur le parcours? Bruno, coureur minimaliste et sportif depuis des années, a vécu ces sensations lors de « La Course des Étoiles » et il les partage avec nous. Quoi faire quand le mental ne suit plus?

La course des Étoiles est la dernière course de ma saison qui s’est très bien déroulée. Depuis dix mois, tous les dossards ont été attribués en quelques heures pour ce trail qui est une renaissance d’une course qui allait de Bagnères de Bigorre jusqu’à la Mongie. Cette année, pour une première, c’est une boucle de 70kms et 4800m/D+ avec comme point d’orgue l’ascension du Pic du Midi 2876m. Autant dire, un trail d’une grande beauté au cœur des Pyrénées. 

Je n’ai pas très bien dormi, je me prépare, mais l’excitation d’un matin de course n’est pas aussi présente que d’habitude.  5h30 le départ est donné sur une musique d’ACDC qui accompagne les 426 solos et les premiers relayeurs au coeur de la nuit sous une voûte étoilée. Très vite, une fois sortie de la ville, les choses sérieuses commencent par la monté du pic de la Peyre 1821m. Il fait doux et humide sur ce sentier monotrace qui s’élève dans le sous bois. Le silence s’installe rapidement dans le cortège de frontale qui dessine la trace. Un cerf pas effarouché nous observe a travers les branchage. Petit replat et ravitaillement léger et la monté continue tandis que le ciel rougeoie, réveille le paysage et s’offre en récompense lorsque je passe le sommet et attaque la descente. Douce au début dans les herbages, elle devient très technique dans la forêt. Je suis en pleine forme, mais je descends trop vite, je prends des risques par manque de concentration, par deux fois j’évite la chute de justesse. Je n’arrive pas à rentrer dans la course, l’étrange impression d’être spectateur de ma course, de mes mouvements, mais sans feeling. 

Cette descente en marque certains pris de crampe qui les contraignent à s’arrêter un moment. J’arrive au très généreux ravitaillement du Chiroulet, 23,5km/1600mD+ parcouru en 3h45. Je suis en avance sur mes prévisions et toujours en forme. Les premiers abandons sont enregistrés. J’engloutis deux bols de soupe vermicelle, ce que je préfère comme nourriture sur les trails longs, et 10 minutes après je repars. Je me sens toujours fractionné, la tête d’un coté, le corps de l’autre. C’est dans cet état d’esprit que j’attaque l’ascension du col d’Aoube, 2369m par une belle allée forestière, très caillouteuse qui laisse rapidement place à de la plaine herbeuse et sa trace droit dans la pente.
Comme souvent, beaucoup s’étonnent de me voir en FiveFingers sur un trail aussi engagé, sauf « un concurrent » en chaussures minimalistes Merrel avec lequel je fais un bout du chemin.

Le parcours est parfaitement balisé, un fanion tous les 50 mètres, impossible de se perdre. Après deux kilomètres, je prends enfin conscience que je ne prends pas de plaisir, et l’expression courir à côté de ses pompes me vient à l’esprit. Je ne suis pas à la peine physiquement et monte à un bon rythme qui m’assure de pouvoir finir ce trail, mais je n’y suis pas. J’ai 60 ans et 45 ans de sport dans les jambes, jamais mon mental ne m’a fait défaut, même dans des épreuves difficiles de plusieurs jours. J’ai toujours pensé, à tort visiblement, que j’étais infaillible sur ce point, alors pourquoi aujourd’hui alors que tout se déroule bien ? Tout en continuant à marcher et à pousser sur mes bâtons de façon mécanique, je cogite et fait le point. Depuis quelques semaines, des soucis se sont accumulés, la course n’était plus le centre de mes attentions et la motivation à dû faiblir doucement, subtilement, jusqu’à ce jour où je n’ai pas réussi à la faire revenir au premier plan pour être au top le moment voulu. 

Par expérience, je sais que la tête peut emmener le corps mais pas l’inverse, continuer c’est soit risquer la chute soit la blessure. Pour la première fois de ma vie de sportif je décide d’abandonner après avoir fait 30kms/2600D+, je fais demi tour vers le dernier ravitaillement pour trouver un moyen de rallier l’arrivée. La décision à été difficile à prendre, mais je suis en pleine forme et demain je pourrai courir sans problème. Il faut une motivation sans faille face à la dureté de ce genre d’épreuve. 

Ce trail m’a appris la sagesse et je reviendrai côtoyer les étoiles quand la course reviendra, car les organisateurs ont décidé quelle ne serait pas annuelle.
Alors, amis traileurs, pointez vos jumelles vers le Pic du Midi et soyez prêts lorsque la « Course des étoiles » passera dans le ciel des Pyrénées, car il n’y en aura pas pour tout le monde.

Bruno – @Bruno Frank Guillot Karna

 

Mónica Lacoma (19 Posts)


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